Peut-on travailler en intérim lors d’une mise à pied conservatoire ? Nos réponses

La mise à pied conservatoire suspend le contrat de travail, mais elle ne rompt pas le lien avec l’employeur. Cette distinction juridique conditionne directement la possibilité d’exercer une activité parallèle, notamment en intérim. Comprendre le statut exact du salarié pendant cette période permet d’évaluer les risques réels avant toute démarche.

Suspension du contrat et obligation de loyauté : ce que dit le droit du travail

Pendant une mise à pied conservatoire, le contrat de travail est suspendu, pas résilié. Le salarié ne fournit plus de prestation de travail et, en principe, ne perçoit plus de rémunération tant que la procédure disciplinaire suit son cours.

Cette suspension ne libère pas le salarié de ses obligations contractuelles. L’obligation de loyauté persiste pendant toute la durée de la mise à pied, y compris si elle s’étend sur plusieurs semaines. Elle interdit notamment d’exercer une activité concurrente ou susceptible de porter préjudice à l’employeur.

La question de savoir si l’on peut travailler en intérim lors d’une mise à pied conservatoire se heurte à cette contrainte. Une mission d’intérim chez un concurrent direct constituerait une violation caractérisée de l’obligation de loyauté. Même chez un employeur sans lien concurrentiel, le risque existe si le contrat initial contient une clause d’exclusivité.

Situation Contrat suspendu Obligation de loyauté Clause d’exclusivité Intérim possible
Mise à pied conservatoire sans clause d’exclusivité, secteur non concurrent Oui Active Non Risque faible, mais non nul
Mise à pied conservatoire avec clause d’exclusivité Oui Active Oui Non
Mise à pied conservatoire, mission chez un concurrent Oui Active Peu importe Non
Après licenciement effectif (sans clause de non-concurrence) Rompu Éteinte Éteinte Oui

Ce tableau met en évidence un point souvent négligé : même en l’absence de clause d’exclusivité, l’obligation de loyauté suffit à fonder un reproche supplémentaire de l’employeur.

Une femme en arrêt de travail conservatoire consultant des offres d'emploi intérimaire depuis son domicile

Rémunération pendant la mise à pied conservatoire : l’enjeu financier qui pousse à chercher un intérim

La pression financière explique pourquoi certains salariés envisagent l’intérim pendant cette période. Le contrat étant suspendu, la rémunération est en principe interrompue dès la notification de la mise à pied.

Un point de jurisprudence change la donne. Lorsque la mise à pied conservatoire est finalement jugée injustifiée (faute grave non retenue, procédure irrégulière), l’employeur doit verser l’intégralité des salaires correspondant à la période de suspension. Le salarié qui n’a pas travaillé pendant des semaines récupère donc rétroactivement sa rémunération.

Ce mécanisme crée une situation paradoxale. Si le salarié a perçu des revenus d’intérim pendant la même période, deux cas de figure se présentent :

  • La mise à pied débouche sur un licenciement pour faute grave confirmé : le salarié ne récupère pas ses salaires, et l’intérim effectué pourrait constituer un motif supplémentaire invoqué par l’employeur
  • La mise à pied est annulée et les salaires sont dus : le cumul de revenus (intérim plus rappel de salaire) ne pose pas de problème en soi, mais l’employeur pourrait arguer d’un manquement à la loyauté pour contester le rappel
  • La procédure aboutit à une sanction moindre (avertissement, mise à pied disciplinaire) : le salarié est réintégré, et toute activité exercée pendant la suspension sera examinée au regard de ses obligations contractuelles

Mise à pied conservatoire et procédure disciplinaire : le calendrier qui conditionne tout

La durée de la mise à pied conservatoire dépend directement du délai dans lequel l’employeur engage et mène la procédure disciplinaire. Aucun texte légal ne fixe de durée maximale pour cette mesure, ce qui la distingue de la mise à pied disciplinaire, dont la durée est encadrée par le règlement intérieur ou la convention collective.

En pratique, l’employeur doit convoquer le salarié à un entretien préalable dans un délai raisonnable après la notification. La jurisprudence sanctionne les employeurs qui laissent traîner la procédure sans justification, car un délai excessif remet en cause le caractère conservatoire de la mesure.

Un arrêt de la Cour de cassation du 2 mai 2024 (n° 22-13.869) apporte une précision rarement relayée : l’employeur n’est pas obligé de prononcer une mise à pied conservatoire avant un licenciement pour faute grave. Le maintien du salarié dans l’entreprise pendant la procédure n’empêche pas d’invoquer la faute grave ensuite.

Cette décision modifie l’analyse pour le salarié mis à pied. Si l’employeur n’était même pas tenu de le suspendre, le fait de l’avoir écarté témoigne d’une situation jugée suffisamment grave pour justifier l’éloignement immédiat. Dans ce contexte, aller travailler ailleurs pendant la procédure envoie un signal que l’employeur ou un juge pourrait interpréter défavorablement.

Un ouvrier en mise à pied conservatoire devant une agence d'intérim, hésitant à chercher un emploi temporaire

Risques concrets d’un intérim pendant une mise à pied conservatoire

Le salarié qui signe un contrat d’intérim pendant sa mise à pied s’expose à plusieurs conséquences :

  • L’employeur peut invoquer cette activité comme un élément aggravant lors de l’entretien préalable ou devant le conseil de prud’hommes, en arguant d’une violation de l’obligation de loyauté
  • Si le contrat initial contient une clause d’exclusivité valide, l’intérim constitue une faute contractuelle autonome, distincte des faits ayant motivé la mise à pied
  • En cas de contentieux ultérieur, le juge prud’homal prend en compte le comportement global du salarié pendant la procédure pour apprécier la proportionnalité de la sanction

Le risque varie selon le secteur d’activité de la mission d’intérim et les stipulations du contrat de travail initial. Un salarié sans clause d’exclusivité, effectuant une mission dans un domaine totalement étranger à celui de son employeur, court un risque moindre. Mais « moindre » ne signifie pas inexistant.

La mise à pied conservatoire dure rarement plus de quelques semaines lorsque la procédure suit son cours normal. Cette durée limitée réduit l’intérêt financier d’une mission d’intérim tout en maintenant le risque juridique intact. Avant toute démarche, vérifier les clauses de son contrat de travail et consulter un avocat spécialisé en droit du travail reste la précaution la plus fiable.

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